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Préambule du 02/09/2008 : miracle de la technologie, mon agrégateur de fils RSS avait conservé une version texte de tous mes anciens billets, du coup je vais faire un petit tri et remettre petit à petit ceux qui me semblent avoir encore leur place ici en les antidatant… Il n’y aura malheureusement plus vos commentaires, mais ne vous gênez pas pour en refaire plein !

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Pendant ces vacances, j’ai eu l’occasion de lire un bouquin d’Elisabeth Badinter qui m’a vraiment enthousiasmée. D’elle, j’avais déjà lu et adoré il y a quelques temps le magistral XY, de l’identité masculine (il faudra d’ailleurs que je le relise à l’occasion pour en causer plus en détails) et pour m’occuper dans l’avion je recherchais son essai Fausse route (le prochain sur ma liste de lectures sérieuses), mais faute de le trouver dans les rayons du Leclerc du coin je me suis rabattue sur le très prometteur L’un est l’autre.

Et je n’ai pas été déçue de ma lecture ! up

Dans L’Un est l’Autre, Elisabeth Badinter, l’auteur de L’Amour en plus, nous convie à une réflexion sur les relations entre hommes et femmes. Elle en découvre les différents visages : la complémentarité réussie à certains moments privilégiés de notre histoire, l’homme avec la femme ; la violence et le conflit lorsque la complémentarité prend les traits de l’oppression. L’homme est alors contre la femme, et même sans elle. Aujourd’hui, l’égalité réelle entre hommes et femmes met un terme au modèle millénaire de la complémentarité. Un nouveau modèle s’élabore sous nos yeux : la ressemblance des sexes. Plus qu’une révolution des mœurs, Elisabeth Badinter y voit une véritable mutation et la mise en question de notre identité, à laquelle beaucoup ne sont pas encore prêts.

Pour tout dire j’ai découvert l’oeuvre de madame Badinter l’année dernière, un peu par hasard comme je le disais, avec la lecture de XY, de l’identité masculine, et je me suis trouvée tout de suite une très forte affinité de coeur et d’esprit avec elle. Pourquoi ? Et bien j’imagine que tout être humain possède au fond de lui un jardin dans lequel poussent les nombreuses questions essentielles qui fondent son identité : les jardins différent selon les personnes, mais j’ai idée que la vie consiste essentiellement à les cultiver et à faire croître en nous ces plantations existentielles à la recherche de réponses. Le plus important étant de jardiner plus que de récolter. C’est ce que j’appelle l’évolution, c’est la condition à mes yeux du devenir adulte.

Or ce n’est un secret pour personne (du moins pour les gens qui me connaissent et me côtoient depuis un moment sur le net ou IRL) que les questionnements d’identité - en particulier tout ce qui concerne hommes et femmes, masculin et féminin, et l’ équilibre entre ces deux forces - font partie des motifs de mon propre jardin existentiel. C’en est même devenu un des motifs centraux (il y en a d’autres, heureusement, parce qu’il faut quand-même avoir de quoi tenir toute une vie) depuis 4 ans, depuis la rencontre avec l’homme qui partage ma vie et qui m’offre l’occasion de remettre en question tout ce que je pensais acquit jusque là en la matière (autant dire pas grand chose, hihi). Et c’est pourquoi depuis quelques années je m’échine à creuser, cultiver et arroser ce coin du jardin, à la recherche d’éléments me permettant d’avancer.

Et très étrangement de tout ce que j’ai pu lire jusqu’alors afin d’éclaircir un peu les haies, tailler les buissons et y voir plus clair dans l’agencement du jardin, seule la découverte de Badinter a pu m’aiguiller sur de nouvelles façons d’appréhender les choses, loin des clichés et des préjugés. Et je ne saurais que trop conseiller à tout les adeptes de Mars et Venus font du vélo et Mars et Venus à la plage de laisser tomber leur bible de psychologie de comptoir et de se pencher sur le travail de cette philosophe (ou d’autres auteurs sérieux) afin d’aller plus profond dans la réflexion ! Car avec L’un est l’autre, j’ai eu l’impression d’une mise en perspective globale - historique, sociologique, philosophique et psychologique - et fondamentale de la situation, et ce fut très salutaire car ma réflexion commençait à tourner en rond sur elle-même et à manquer sérieusement d’air à force de n’être nourrie d’aucune vision extérieure !

L’analyse part de très loin dans le temps, depuis les âges préhistoriques (avec toute la réserve qu’on doit conserver pour traiter de ces périodes hors des âges) jusqu’à nos jours, et il ne m’a jamais semblé que Badinter était là pour asséner des vérités, mais plutôt qu’elle prenait grand soin de disposer toutes les théories et écoles de pensées sur la table et de les mettre en perspective les unes par rapport aux autres. J’ai trouvé cette manière de faire plutôt constructive et intelligente. Les remarques d’ordre ethnologique sont passionnantes, la perspective historique me semble plutôt complète, même si je ne doute pas d’être passée à côté de détails du fait de mon manque de connaissances en la matière (mais je ne désespère pas de me cultiver en lisant des ouvrages historiques et ethnographiques complémentaires pour mettre en perspective cette analyse).

Bref ! Un excellent bouquin qui me donne envie d’en apprendre plus ! respect

Surtout que suite à cette lecture je me rends véritablement compte de la grande relativité des choses : après tout ça ne fait qu’une soixantaine d’années que les choses bougent vraiment dans nos sociétés concernant l’équilibre hommes/femmes, nous ne sommes peut-être que la toute première génération ayant grandit depuis la naissance avec cette nouvelle donne sociale et identitaire, et par essence même cette nouvelle donne n’est pas encore acquise et reste en permanente négociation ! J’en retire aussi l’idée du pouvoir que nous avons et de la responsabilité qui nous incombe, à tous et toutes, hommes ET femmes, car prétendre que nous avons joué le plus gros de nôtre partition en brûlant nos soustifs et attendre que ces messieurs s’y mettent tout seuls sous nos regards courroucés, ça ne vous semble pas un chouia hypocrite et injuste, mesdames ?

Bref, nous sommes dans l’après Révolution, qui par essence a flanqué par terre tout les anciens acquis et privilèges (supposés ou avérés), et peut-être qu’au lieu de chercher quelles têtes couper, nous gagnerions à nous concentrer sur les moyens de passer de la Révolution à l’Evolution… mais ça c’est pas encore gagné… bien que ça reste envisageable, même s’il faut pour cela accepter d’avoir une vision à plus long terme. L’équilibre n’est pas encore atteint et ne le sera peut-être jamais, mais cela vaut-il pour autant d’en souffrir en permanence et de s’en mortifier ? Ne peut-on pas considérer que c’est plutôt une bonne chose que tout ne soit pas figé ? Par définition les choses peuvent (doivent) encore bouger et de fait tout le monde à son humble échelle pourra avoir un rôle à jouer dans cette partition en devenir. Ça peut bouger dans le mauvais sens, certes, mais pourquoi ça ne pourrait pas bouger dans le bon sens ? Rien ne l’interdit !

C’est très important de conserver cette idée en tête, car je crois de nos jours qu’il est devenu vraiment trop facile de se heurter au monde dans lequel on vit, de se heurter aux autres, et d’en conclure que le monde est comme ça et pas autrement, qu’on n’y pourra rien changer, et de développer de la rancœur, de l’amertume, de la souffrance inutile : tout ça ne conduit jamais qu’à une forme de misanthropie assez inconfortable, pour soi comme pour les autres… Car c’est oublier qu’au final il est toujours question d’humanité, et que si on peut tout attendre de l’homme (au sens d’être humain), il est stupide de n’en attendre que le pire systématiquement et de perdre de vue que le meilleur reste une possibilité pour peu qu’on sache le déceler. Ne vaut-il pas mieux se concentrer sur l’émergence du meilleur au lieu de déplorer le pire toute sa vie ?

De fait ce qui me fait souffrir dans l’époque actuelle (l’importance démesurée de l’image, le pouvoir des médias, l’individualisme galopant, le culte de la consommation qui prévaut même dans les relations humaines, la difficulté à préserver l’intime et le privé, le culte de la transparence et de l’exhibitionnisme qui accroissent cette difficulté, les nouveaux clichés qui émergent de partout et les anciens qui reviennent sous de nouvelles formes et érigent des barrières entre les gens, etc.), tout cela n’est pas figé et peut changer, il faut donc garder espoir et ne jamais renoncer à l’émergence de l’humain dans tout ce bazar. Et surtout accepter que ça puisse prendre le temps qu’il faudra. En la matière, ce livre aura apaisé quelque peu mon sentiment permanent (et injustifié comme injustifiable, je le reconnais volontiers) d’injustice et cette volonté somme toute assez puérile du tout, tout de suite.

Bref ! Le cheminement sera long ! Mais il est vital de poursuivre la route : nous ne pouvons plus revenir en arrière de toute façon, c’est exclu, et devant nous se profilent plusieurs possibles mais il faudra faire un choix qui déterminera beaucoup pour l’avenir. Ce choix n’est pas que collectif, il est aussi individuel : nous ne sommes pas des moutons, nous avons aussi la capacité d’agir, en faisant des enfants par exemple et en leur inculquant par l’exemple les principes qui nous semblent devoir régir les nouveaux rapports humains (et non plus seulement les rapports hommes/femmes : on a depuis longtemps dépassé le stade du manichéisme et de la simple mise en opposition, c’est aussi ce qu’essaye de nous dire Elisabeth Badinter il me semble).

Et s’il faut prendre conscience, au moment de faire ce choix, que nous sommes victimes non pas seulement de nos propres préjugés (qui ne sont jamais que les reflets de nos peurs, or une peur ça se dépasse) mais également du poids de l’Histoire et de la Société, il ne faut surtout pas pour autant succomber sous ce poids là, qu’il est vital de dépasser afin d’analyser les choses en prenant du recul. Seulement pour l’instant il semblerait que nous soyons encore pris dans la tourmente de cette période de transition et de tumulte, tout le monde se raccroche désespérément à sa bouée de sauvetage en tentant de pousser les autres sous l’eau, personne n’ose encore prendre conscience de la nécessité de monter sur le bateau de cet ordre nouveau et de tendre les mains aux autres pour les aider à s’en sortir aussi… Un petit effort, quoi !

Mais là je succombe au lyrisme et au charme du kitch, me dirait (avec raison) Kundera, un de mes autres mentors… -p

Bref ! Un bouquin de Badinter que je recommande à toutes et tous, vraiment passionnant, qui ouvre sur l’extérieur et fait se poser plein de nouvelles questions passionnantes, au lieu de prétendre nous offrir des réponses prémâchées et sans saveur. C’est dit ! Dès que j’ai fini la série des Harry Potter, je me remet la tête dans un essai de Badinter ! Quoiqu’on m’ait récemment aiguillée sur la lecture de Doris Lessing

Le carnet de lectures s’étoffe, hihi ! )

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