Archives pour la catégorie “Je lis des bouquins”
Préambule du 02/09/2008 : miracle de la technologie, mon agrégateur de fils RSS avait conservé une version texte de tous mes anciens billets, du coup je vais faire un petit tri et remettre petit à petit ceux qui me semblent avoir encore leur place ici en les antidatant… Il n’y aura malheureusement plus vos commentaires, mais ne vous gênez pas pour en refaire plein !
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Je ne suis pas très à jour dans mes lectures… Donc comme la dernière fois petit tir groupé afin de faire le point sur les deux bouquins lus ces dernières semaines (ou plutôt ces derniers mois…) dans le tramway.
Les challengers sont, dans le coin rouge, Christopher “zeu King” Priest, tenant du titre poids lourd de la littérature de sience-fiction/fantastique mention délire poétique bluffant, et dans le coin bleu, Ken “oh my god” Follet, détenteur de la ceinture de champion international toutes catégories de romans passionnants comme j’en avais rarement croisé ces temps derniers ! Que le meilleur gagne !
Tout commence par une première phrase absolument improbable : “J’avais atteint l’âge de mille kilomètres”, et à partir de ce point de départ Priest développe un récit d’une originalité saisissante dont je ne puis raconter un seul élément sans faire d’horribles spoilers… Il faudra donc me croire sur parole quand je vous promet l’excellence, et découvrir par vous même ce bouquin hallucinant !
Je n’ai aucune garantie que son “Monde inverti” vous séduise autant que moi, j’admets qu’à la différence d’œuvres comme “La fontaine pétrifiante” (du même auteur, beaucoup plus poétique et lyrique même), on puisse ne pas se sentir happés par une narration parfois un peu trop objective et descriptive, mais ça vaut le coup de tenter le voyage ! Surtout si vous ne connaissez pas trop la science-fiction ou le fantastique, ou alors que vous avez des doutes quant à la variété représentée par ce genre.
Priest est un des auteurs de science-fiction les plus originaux qu’il m’ait été donné de lire ! Avec lui point de grande saga sur 10 volumes, juste des œuvres maîtresses autonomes et superbement écrites. Seconde fois que je lis ce bouquin, découvert pendant mes études il y a quelques années déjà… Et seconde fois que je suis bluffée par ce récit et par l’imagination débridée et sans faille de Christopher Priest. Je ne peux pas en dire plus, il vous faudra faire ce voyage seuls…
“Les Piliers de la terre”, quant à eux, sont parvenus à littéralement me guérir de la science-fictionnite aigüe dont je souffrais depuis plusieurs années ! Et ce n’était pourtant pas gagné d’avance ! Avec ce bouquin, nous sommes plongés au plus près de la vie d’un petit groupe de personnages de l’Angleterre du XIIème siècle (j’espère ne pas me tromper de période), et Ken Follet utilise la figure de la cathédrale comme clé de voûte de tout son récit : les vies des protagonistes se nouants, de dénouant et s’entrecroisant autour de l’église en construction.
J’ai positivement adoré ce bouquin ! J’ai adoré détester et haïr certains personnage, adoré en aimer d’autres, personnages tous très hauts en couleurs mais dépeints avec une incroyable justesse de ton ! Sérieux ce bouquin c’est vraiment vraiment vraiment une révélation pour moi ! Surtout que j’avais lu il y a quelques années un autre bouquin de Follet (Code zéro je crois), une sorte de thriller que je n’avais pas plus aimé que ça… J’ai été d’autant plus surprise de découvrir cet auteur que j’avais trouvé très conventionnel dans un registre qui lui sied à merveille ! Bref ! Je vous conseille ce livre ! Passionnant !
Maintenant me voilà bien ennuyée… Je n’ai plus rien à lire, et d’ailleurs comme à chaque fois que je sors d’un bouquin réellement prenant, je n’ose plus rien lire d’autre de peur de tout trouver fade et sans intérêt… Pendant ce temps là, je met à profit les voyages en tramway pour m’occuper de mes baies sur Pokémon Perle (auquel je joue toujours de temps en temps, bien déterminée à le finir, non mais !)… mais ça, c’est une autre histoire !
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Préambule du 02/09/2008 : miracle de la technologie, mon agrégateur de fils RSS avait conservé une version texte de tous mes anciens billets, du coup je vais faire un petit tri et remettre petit à petit ceux qui me semblent avoir encore leur place ici en les antidatant… Il n’y aura malheureusement plus vos commentaires, mais ne vous gênez pas pour en refaire plein !
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“Wouaaah !” C’est à peu près ce qui m’est venu en tête une fois achevé ce cycle superbe !
Je pourrais me contenter de dire que Orson Scott Card c’est du bon, mangez-en à vous en faire pêter le bide (enfin métaphoriquement parlant, hein !)… mais vous risqueriez de rester sur votre faim et je doute que ça vous motive suffisamment pour vous avaler un cycle de 5 volumes…
Soit ! Comme je ne suis pas douée pour les résumés sans spoilers, je copie bêtement celui de la Wikipédia qui me semble assez vague pour ne point vous gâcher le plaisir :
Établis sur un nouveau monde, les survivants de la Terre ont chargé un super-ordinateur, Surâme, d’y maintenir l’harmonie. Doté d’un libre accès aux pensées des habitants d’Harmonie, il peut ainsi brider leurs pulsions négatives, tout comme éliminer de leur vocabulaire les mots « dangereux ». Après trente millions d’années, Surâme se fait vieux et constate amèrement que ses efforts n’ont mené à rien, car l’Homme est incapable d’harmonie. La société se gangrénant à nouveau, Surâme décide alors de lancer sa dernière mission : ramener l’Homme sur Terre.
De fait dès le tout premier volume on suit un groupe de personnages en tête desquels Nafai, un jeune adolescent, a été désigné par Surâme pour mener à bien cette quête de la terre des origines. On pourrait croire au début à un énième roman d’apprentissage dans un cadre fantastique à souhait, mais non !
D’abord Nafai n’est pas le seul personnage à travers les yeux duquel on vit cette histoire : par touches diffuses dès le premier volume, puis ensuite de manière généralisée dans les suivants, on passe régulièrement d’un point de vue à un autre parmi plusieurs narrateurs successifs (hommes et femmes, enfants et adultes). De fait l’histoire s’enrichit et bénéficie très fortement de ces multiples éclairages et points de vues.
Ensuite, le 5ème volume quitte définitivement la petite communauté réduite dans laquelle nous avons pris nos marques, pour nous jeter plusieurs centaines d’années dans le futur, parmi les multiples descendants de ces nouveaux pionniers terriens… Si bien que quand j’y repense je me dis oui, il s’agissait bien d’un roman d’apprentissage, soit, ce pourrait en être un, mais à la seule condition qu’on le considère à l’échelle de l’humanité : comment les êtres humains évoluent, grandissent, fondent des sociétés et comment ils parviennent à vivre ensemble malgré toutes leurs différences ! Ouhla, je vais sans doute un peu loin par rapport au propos du bouquin, mais c’est en tout cas ce qui moi me reste de ma lecture…
Enfin parce que l’écriture d’Orson Scott Card est vraiment vraiment vraiment limpide, quoique jamais facile à proprement parler, la psychologie des personnages toujours très fouillée (et jamais de clônes, tous sont très différents, très nuancés, très “humains” quoi !), que les civilisation décrites restent crédibles et ne sont pas juste là pour le folklore mais servent véritablement le propos, et qu’en définitive on se doute très vite que le propos de l’auteur n’est pas seulement Nafai mais bien plus l’Histoire à laquelle il participe et de laquelle il n’est qu’un des constituants !
C’est assez hallucinant comme voyage ! Même si le dernier volume déconcerte un peu, car à ce stade on s’est tellement habitués à vivre avec cette petite communauté de personnages que le grand écart temporel est difficile ! Mais au final c’est ce dernier volume qui sert de clé de voûte à l’ensemble et permet la cohésion du cycle, qui dépasse alors son propos initial et vise quelque chose de plus universel !
Bref ! Même si je pense qu’il émane de cette œuvre quelques éléments en rapport avec la religion, la religiosité, la foi en général (pas de confession en particulier, ou alors je n’ai pas la culture nécessaire pour percevoir d’éventuelles allusions), je pense qu’on peut très bien la lire avec un regard très général, plus métaphysique quoi. En tout cas c’est comme ça que je l’ai abordée. Cette série est tout simplement passionnante ! Et même ce que je pensais être un de ses défauts (cette rupture au volume 5, dans lequel j’ai mis plus longtemps à rentrer) s’est avéré au final une de ses grandes qualités !
A conseiller absolument, très bonne série, très bien écrite ! C’est un livre que j’ai beaucoup beaucoup aimé et que je conseillerais volontiers même à quelqu’un qui ne lit jamais de science-fiction (même si ici le côté “science” se fait très discret, et c’est un délice même de voir combien l’humain est au centre de l’histoire, bien plus que le fait scientifique).
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Je sais, je réagis avec trois mille an de retard, comme toujours, très réactive la Cat…
Mais bon, comme on dit c’est l’intention qui compte !
Bref ! Il y a une semaine ou deux, comme tout moldu mordu qui se respecte, je me suis évidemment jetée sur le dernier volume d’Harry Potter : Harry Potter et les reliques de la mort. Nombre de mes connaissances, y compris la frangine, s’étaient déjà précipités sur la version anglaise de l’ouvrage, sortie quelques temps plus tôt, mais j’avoue ne pas avoir eu ce courage de peur de ne pas tout comprendre et de me gâcher le plaisir.
Je l’ai dévoré aussitôt, et je n’en ai pas parlé tout de suite étant encore sous le choc de ma lecture. 
Pour bien faire, j’ai commencé il y a quelques semaines à relire toute la série depuis le début, afin de me rafraichir la mémoire et d’avoir une vue d’ensemble de la saga. Et je dois dire que je ne regrette absolument pas d’avoir procédé comme ça : certains des volumes qui m’avaient le plus pesé à la première lecture (les volumes 5 et 6 surtout) se sont avérés beaucoup plus intéressants une fois replacés dans le contexte global de la série, et j’avoue que même leur relative lenteur et leur manque de rythme au début m’auront semblé moins pesantes, car elles participent finalement d’une dynamique assez bien huilée et menée de main de maître !
(Petite parenthèse, je déteste ce module de gestion des images alors si quelqu’un a mieux que Image Manager à me proposer sur Wordpress, qu’il ou elle se manifeste…)
Alors, que dire du dernier opus ???!!! En vérité il n’y avait à mon avis pas de meilleur façon de clore le cycle ! J’ai beaucoup rit (tout fort, l’homme de la maison se demandant ce qui se passait), pleuré également (l’homme de la maison se demandant toujours ce qui m’arrivait : “ça n’est qu’un livre, c’est de la fiction…”), je me suis laissée emporter en quelques sortes. J’ai accepté de suspendre mon incrédulité le temps de la lecture et de jouer le jeu du bouquin, résultat : ce qui aurait pu me sembler prévisible m’a tout de même ménagé de belles surprises !
En fait ce qui m’a surtout intéressée, c’est de voir comment l’auteur allait se sortir de tout ce bazar ! On se doute de certaines choses depuis plusieurs volumes, mais j’attendais un peu Rowling au tournant pour voir si elle allait sortir des recettes éculées ou au contraire me justifier ses choix scénaristiques en beauté… et pour ma part je n’ai pas été déçue !
Je me doutais que le phénomène Harry Potter avait produit un énorme buzz sur le net, mais paradoxalement je n’ai jamais été intéressée par ce mouvement et n’ai jamais cherché des sites de fans ou des sites spécialisés… Sans doute par peur de tomber sur des spoilers qui me gâchent le plaisir de la découverte, ou plus simplement par simple désintérêt et peur de perdre trop de temps. Et étrangement j’ai attendu d’avoir achevé ce dernier volume pour prendre quelques instant pour surfer sur la toile à la recherche de sites de fans sympa. Je vous livre les quelques adresses que j’ai sorties du lot, soit pour l’originalité de leur concept, soit parce que j’y ai trouvé des infos bien intéressantes !
- Le site officiel de JK Rowling bien sûr
- La Gazette du Sorcier (absolument passionnant, plein de liens vers des tas d’interviews de l’auteur, etc.)
- HP Encyclopedia
- Poudlard.org
- Moldunet
- HP Lexicon (en anglais celui là par contre)
Il y avait aussi La Pensine (lien pas beau qui marche pas) mais je n’arrive plus à trouver leur site, dommage…
Pour finir, la question que je me suis posée juste après avoir refermé le livre c’était “et maintenant, qu’est-ce que je vais pouvoir lire… ?”
J’avoue ne pas encore avoir trouvé de réponse à cet insondable questionnement ! L’envie première est d’en demander encore : encore plus de Harry Potter, plus de sorcellerie ! Mais il n’y a rien de comparable, et j’imagine qu’il serait nocif pour moi d’enchaîner avec un sous produit imitant laborieusement le style HP sans parvenir ne serait-ce qu’à l’égaler… Ce serait comme de manger du babibel à la place d’un bon morceau de Saint-Nectaire fermier… Ou comme de boire de la tourtel à la place d’une bonne Chimay bien fraiche…
Sacrilège ! 
Pour autant, passer radicalement à autre chose va m’être difficile ! Et histoire de faire un petit pallier de décompression, je me suis commandé à la FNAC quelques ouvrages restant en lien avec cet univers. Tout d’abord un essai (Harry Potter ou l’anti-Peter Pan : Pour en finir avec la magie de l’enfance, par Isabelle Cani), puis deux petits bouquins écrits par Rowling et dont les bénéfices seront intégralement reversés à une association humanitaire : un sur l’histoire du Quidditch (j’adooooore ce sport imaginaire !) et un manuel des créatures magiques.
M’enfin, à ce jour, ça fait presque plus d’une semaine que j’attends qu’ils me soient livrés, entre temps la moutarde est un peu redescendue et je ne suis plus à ce point emportée par la magie, qui s’estompe doucement… J’aurais sans doute mieux fait d’aller à la librairie du coin pour voir s’ils étaient dispo de suite, les commandes sur le net, ça m’apprendra…
En attendant, donc, j’ai attaqué Terremer, d’Ursula Leguin, bouquin génial et dans un ton radicalement différent, mais que j’essaye de lire en entier depuis plusieurs années… A suivre, donc…
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Pendant ces vacances, j’ai eu l’occasion de lire un bouquin d’Elisabeth Badinter qui m’a vraiment enthousiasmée. D’elle, j’avais déjà lu et adoré il y a quelques temps le magistral XY, de l’identité masculine (il faudra d’ailleurs que je le relise à l’occasion pour en causer plus en détails) et pour m’occuper dans l’avion je recherchais son essai Fausse route (le prochain sur ma liste de lectures sérieuses), mais faute de le trouver dans les rayons du Leclerc du coin je me suis rabattue sur le très prometteur L’un est l’autre.
Et je n’ai pas été déçue de ma lecture ! 
Dans L’Un est l’Autre, Elisabeth Badinter, l’auteur de L’Amour en plus, nous convie à une réflexion sur les relations entre hommes et femmes. Elle en découvre les différents visages : la complémentarité réussie à certains moments privilégiés de notre histoire, l’homme avec la femme ; la violence et le conflit lorsque la complémentarité prend les traits de l’oppression. L’homme est alors contre la femme, et même sans elle. Aujourd’hui, l’égalité réelle entre hommes et femmes met un terme au modèle millénaire de la complémentarité. Un nouveau modèle s’élabore sous nos yeux : la ressemblance des sexes. Plus qu’une révolution des mœurs, Elisabeth Badinter y voit une véritable mutation et la mise en question de notre identité, à laquelle beaucoup ne sont pas encore prêts.
Pour tout dire j’ai découvert l’oeuvre de madame Badinter l’année dernière, un peu par hasard comme je le disais, avec la lecture de XY, de l’identité masculine, et je me suis trouvée tout de suite une très forte affinité de coeur et d’esprit avec elle. Pourquoi ? Et bien j’imagine que tout être humain possède au fond de lui un jardin dans lequel poussent les nombreuses questions essentielles qui fondent son identité : les jardins différent selon les personnes, mais j’ai idée que la vie consiste essentiellement à les cultiver et à faire croître en nous ces plantations existentielles à la recherche de réponses. Le plus important étant de jardiner plus que de récolter. C’est ce que j’appelle l’évolution, c’est la condition à mes yeux du devenir adulte.
Or ce n’est un secret pour personne (du moins pour les gens qui me connaissent et me côtoient depuis un moment sur le net ou IRL) que les questionnements d’identité - en particulier tout ce qui concerne hommes et femmes, masculin et féminin, et l’ équilibre entre ces deux forces - font partie des motifs de mon propre jardin existentiel. C’en est même devenu un des motifs centraux (il y en a d’autres, heureusement, parce qu’il faut quand-même avoir de quoi tenir toute une vie) depuis 4 ans, depuis la rencontre avec l’homme qui partage ma vie et qui m’offre l’occasion de remettre en question tout ce que je pensais acquit jusque là en la matière (autant dire pas grand chose, hihi). Et c’est pourquoi depuis quelques années je m’échine à creuser, cultiver et arroser ce coin du jardin, à la recherche d’éléments me permettant d’avancer.
Et très étrangement de tout ce que j’ai pu lire jusqu’alors afin d’éclaircir un peu les haies, tailler les buissons et y voir plus clair dans l’agencement du jardin, seule la découverte de Badinter a pu m’aiguiller sur de nouvelles façons d’appréhender les choses, loin des clichés et des préjugés. Et je ne saurais que trop conseiller à tout les adeptes de Mars et Venus font du vélo et Mars et Venus à la plage de laisser tomber leur bible de psychologie de comptoir et de se pencher sur le travail de cette philosophe (ou d’autres auteurs sérieux) afin d’aller plus profond dans la réflexion ! Car avec L’un est l’autre, j’ai eu l’impression d’une mise en perspective globale - historique, sociologique, philosophique et psychologique - et fondamentale de la situation, et ce fut très salutaire car ma réflexion commençait à tourner en rond sur elle-même et à manquer sérieusement d’air à force de n’être nourrie d’aucune vision extérieure !
L’analyse part de très loin dans le temps, depuis les âges préhistoriques (avec toute la réserve qu’on doit conserver pour traiter de ces périodes hors des âges) jusqu’à nos jours, et il ne m’a jamais semblé que Badinter était là pour asséner des vérités, mais plutôt qu’elle prenait grand soin de disposer toutes les théories et écoles de pensées sur la table et de les mettre en perspective les unes par rapport aux autres. J’ai trouvé cette manière de faire plutôt constructive et intelligente. Les remarques d’ordre ethnologique sont passionnantes, la perspective historique me semble plutôt complète, même si je ne doute pas d’être passée à côté de détails du fait de mon manque de connaissances en la matière (mais je ne désespère pas de me cultiver en lisant des ouvrages historiques et ethnographiques complémentaires pour mettre en perspective cette analyse).
Bref ! Un excellent bouquin qui me donne envie d’en apprendre plus ! 
Surtout que suite à cette lecture je me rends véritablement compte de la grande relativité des choses : après tout ça ne fait qu’une soixantaine d’années que les choses bougent vraiment dans nos sociétés concernant l’équilibre hommes/femmes, nous ne sommes peut-être que la toute première génération ayant grandit depuis la naissance avec cette nouvelle donne sociale et identitaire, et par essence même cette nouvelle donne n’est pas encore acquise et reste en permanente négociation ! J’en retire aussi l’idée du pouvoir que nous avons et de la responsabilité qui nous incombe, à tous et toutes, hommes ET femmes, car prétendre que nous avons joué le plus gros de nôtre partition en brûlant nos soustifs et attendre que ces messieurs s’y mettent tout seuls sous nos regards courroucés, ça ne vous semble pas un chouia hypocrite et injuste, mesdames ?
Bref, nous sommes dans l’après Révolution, qui par essence a flanqué par terre tout les anciens acquis et privilèges (supposés ou avérés), et peut-être qu’au lieu de chercher quelles têtes couper, nous gagnerions à nous concentrer sur les moyens de passer de la Révolution à l’Evolution… mais ça c’est pas encore gagné… bien que ça reste envisageable, même s’il faut pour cela accepter d’avoir une vision à plus long terme. L’équilibre n’est pas encore atteint et ne le sera peut-être jamais, mais cela vaut-il pour autant d’en souffrir en permanence et de s’en mortifier ? Ne peut-on pas considérer que c’est plutôt une bonne chose que tout ne soit pas figé ? Par définition les choses peuvent (doivent) encore bouger et de fait tout le monde à son humble échelle pourra avoir un rôle à jouer dans cette partition en devenir. Ça peut bouger dans le mauvais sens, certes, mais pourquoi ça ne pourrait pas bouger dans le bon sens ? Rien ne l’interdit !
C’est très important de conserver cette idée en tête, car je crois de nos jours qu’il est devenu vraiment trop facile de se heurter au monde dans lequel on vit, de se heurter aux autres, et d’en conclure que le monde est comme ça et pas autrement, qu’on n’y pourra rien changer, et de développer de la rancœur, de l’amertume, de la souffrance inutile : tout ça ne conduit jamais qu’à une forme de misanthropie assez inconfortable, pour soi comme pour les autres… Car c’est oublier qu’au final il est toujours question d’humanité, et que si on peut tout attendre de l’homme (au sens d’être humain), il est stupide de n’en attendre que le pire systématiquement et de perdre de vue que le meilleur reste une possibilité pour peu qu’on sache le déceler. Ne vaut-il pas mieux se concentrer sur l’émergence du meilleur au lieu de déplorer le pire toute sa vie ?
De fait ce qui me fait souffrir dans l’époque actuelle (l’importance démesurée de l’image, le pouvoir des médias, l’individualisme galopant, le culte de la consommation qui prévaut même dans les relations humaines, la difficulté à préserver l’intime et le privé, le culte de la transparence et de l’exhibitionnisme qui accroissent cette difficulté, les nouveaux clichés qui émergent de partout et les anciens qui reviennent sous de nouvelles formes et érigent des barrières entre les gens, etc.), tout cela n’est pas figé et peut changer, il faut donc garder espoir et ne jamais renoncer à l’émergence de l’humain dans tout ce bazar. Et surtout accepter que ça puisse prendre le temps qu’il faudra. En la matière, ce livre aura apaisé quelque peu mon sentiment permanent (et injustifié comme injustifiable, je le reconnais volontiers) d’injustice et cette volonté somme toute assez puérile du tout, tout de suite.
Bref ! Le cheminement sera long ! Mais il est vital de poursuivre la route : nous ne pouvons plus revenir en arrière de toute façon, c’est exclu, et devant nous se profilent plusieurs possibles mais il faudra faire un choix qui déterminera beaucoup pour l’avenir. Ce choix n’est pas que collectif, il est aussi individuel : nous ne sommes pas des moutons, nous avons aussi la capacité d’agir, en faisant des enfants par exemple et en leur inculquant par l’exemple les principes qui nous semblent devoir régir les nouveaux rapports humains (et non plus seulement les rapports hommes/femmes : on a depuis longtemps dépassé le stade du manichéisme et de la simple mise en opposition, c’est aussi ce qu’essaye de nous dire Elisabeth Badinter il me semble).
Et s’il faut prendre conscience, au moment de faire ce choix, que nous sommes victimes non pas seulement de nos propres préjugés (qui ne sont jamais que les reflets de nos peurs, or une peur ça se dépasse) mais également du poids de l’Histoire et de la Société, il ne faut surtout pas pour autant succomber sous ce poids là, qu’il est vital de dépasser afin d’analyser les choses en prenant du recul. Seulement pour l’instant il semblerait que nous soyons encore pris dans la tourmente de cette période de transition et de tumulte, tout le monde se raccroche désespérément à sa bouée de sauvetage en tentant de pousser les autres sous l’eau, personne n’ose encore prendre conscience de la nécessité de monter sur le bateau de cet ordre nouveau et de tendre les mains aux autres pour les aider à s’en sortir aussi… Un petit effort, quoi !
Mais là je succombe au lyrisme et au charme du kitch, me dirait (avec raison) Kundera, un de mes autres mentors… 
Bref ! Un bouquin de Badinter que je recommande à toutes et tous, vraiment passionnant, qui ouvre sur l’extérieur et fait se poser plein de nouvelles questions passionnantes, au lieu de prétendre nous offrir des réponses prémâchées et sans saveur. C’est dit ! Dès que j’ai fini la série des Harry Potter, je me remet la tête dans un essai de Badinter ! Quoiqu’on m’ait récemment aiguillée sur la lecture de Doris Lessing…
Le carnet de lectures s’étoffe, hihi ! 
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